Naître en Argentine

L’Argentine est le dernier pays de notre Tour du monde. Deuxième plus grand pays d’Amérique du Sud en superficie après le Brésil, il s’étend sur 2,8 millions de km2. Il possède plusieurs zones distinctes : la Pampa et ses zones fertiles au centre, la Patagonie et ses glaciers au Sud, le Gran Chaco et ses plaines sèches au Nord et la Cordillère des Andes à l’Ouest. De part cette géographie variée, découlent plusieurs climats distincts allant du climat tropical à un climat subantarctique.

 

La République d’Argentine compte 43,5 millions d’habitants possédant une culture européenne très affirmée. En effet, à la fin du XIXème siècle, beaucoup d’Européens, notamment des Italiens immigrèrent dans le pays.

Comme pour beaucoup de pays d’Amérique du Sud, son histoire est liée à la colonisation. Ce sont les colons espagnols qui colonisèrent difficilement aux XVIème et XVIIème siècles le territoire argentin alors occupé par des tribus indigènes. L’indépendance du pays fut gagnée par la fameuse Révolution de mai et fut proclamée en 1816.

Au XXème siècle, le pays fut touché par plusieurs coups d’État et dictatures militaires. La plus tristement connue est celle qui s’est déroulée de 1976 à 1983, officiellement appelée « Processus de Réorganisation Nationale ». Elle prit fin lors de la défaite contre l’Angleterre dans la Guerre des Malouines. Cette dictature est responsable de 30 000 disparitions, 15 000 fusillés, 9000 prisonniers politiques, 1,5 millions d’exilés pour 32 millions d’habitants à l’époque. La partie de cette dictature qui nous a un peu plus interpelé en tant que sage-femme ce sont les 500 bébés enlevés à leurs parents et élevés par des familles proches du pouvoir. En effet, durant ces années noires, les militaires au pouvoir séquestrèrent des femmes enceintes, les firent accoucher dans des maternités clandestines, les assassinèrent et s’approprièrent leurs bébés.

Lorsque nous sommes arrivées jeudi à Buenos Aires, capitale de l’Argentine, une manifestation de femmes était en cours. Nous avons voulu en savoir un peu plus. Ce rassemblement était mené par l’association des mères et grands-mères de la Place de Mai (Las Abuelas de la Plaza de Mayo et Asociación Madres de la Plaza de Mayo). Elles se battent pour un but commun : retrouver les enfants disparus pendant cette période et dénoncer l’impunité des militaires responsables de ce massacre. Ainsi, depuis le jeudi 30 avril 1977, elles se rassemblent hebdomadairement les jeudis après-midis sur la Plaza de Mayo à Buenos Aires à 15h30 et tournent pendant 30 minutes dans le sens inverse des aiguilles d’une montre, remontant symboliquement le temps. En signe de protestation, elles portent des foulards blancs, qui sont à l’origine les langes de leurs bébés, pour commémorer la disparition de leurs enfants et petits-enfants.

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Cette association de Défense des Droits de la Personne est en Argentine l’unique organisation composée exclusivement de femmes. À ce jour et grâce à leur combat, l’identité véritable de 119 « enfants » a été restituée. Entre 2008 et 2012, les grands-mères ont été proposés pour le Prix Nobel de la paix à cinq reprises. En 2010, elles sont récompensées par le prix Félix Houphouët-Boigny pour la recherche de la paix, institué par l’UNESCO. Elles ont ouvert une librairie et un café littéraire, dans lequel nous nous sommes rendues pour découvrir leur association et les soutenir.

 

Heureusement, cette période noire est maintenant terminée en Argentine et ce pays est l’un des pays les plus développés d’Amérique latine, comme en témoignent les statistiques suivantes. L’espérance de vie est de 76 ans. Le taux d’alphabétisation s’élève à 98%. 99% des accouchements se déroulent à l’hôpital. La mortalité infantile est de 10 pour 1000 naissances et la mortalité maternelle est de 70 pour 100 000. Le taux de fécondité est de 2,3 enfants par femme.

Le système de santé comporte des disparités quant à l’accès aux soins même si ceux-ci sont de bonne qualité. Il existe 3 formes de protection sociale. La plus répandue à hauteur de 50% de la population est la mutuelle ouvrière nommée « abras sociales ». Ce système de sécurité sociale professionnelle  est disponible pour les salariés seulement et est financé par le patron, le salarié, et en faible partie par des subventions publiques. La seconde est représentée par des mutuelles privées et est accessible pour seulement 8% de la population, l’élite de la nation. La dernière est accessible à tous, Argentins ou étrangers, c’est le système public géré et financé par les régions. Les files d’attente sont très longues mais les soins dispensés restent de bonne qualité. Il y a donc 3 types d’établissement hospitaliers qui découlent de ces 3 types de système de protection sociale.

Nous avons visité une maternité publique à Ushuaia, ville la plus au Sud du monde, l’Hospital Gobernador Ernesto M.Campos.

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Dans cet hôpital, comme partout en Argentine, les femmes enceintes sont suivies tous les mois jusqu’à 35 SA puis à 37 SA puis toutes les semaines jusqu’au terme qui est fixé à 40 SA en Argentine. Trois à cinq échographies sont réalisées pendant la grossesse. Le suivi sérologique est semblable à celui effectué en France avec en plus le dépistage de la maladie de Chagas (maladie parasitaire que l’on a détaillé dans notre article sur la Bolivie).

Les sages-femmes en Argentine sont appelées Obstetricas et doivent effectuer 4 ans d’étude. Dans cette maternité, la sage-femme travaille en poste la semaine et est d’astreinte le week-end. Le gynécologue obstétricien de garde à l’hôpital fait appel à elle en cas d’accouchement normal voie basse.

700 bébés naissent chaque année dans cet hôpital. On compte 20 à 25% d’analgésie péridurale. Elle n’est prise en charge par la protection sociale du système publique que lorsqu’elle est d’indication médicale. Le taux de césarienne est important et est de l’ordre de 60%. Ce chiffre est en partie expliqué par le médecin, par le transfert des maternités privées des pathologies nécessitant une naissance prématurée dans cet hôpital.

Le séjour en suites de couches est de 2 jours, y compris pour les accouchements par césarienne.

On compte 60 à 80% d’allaitement maternel à 3 mois.

Dans cette maternité, les patientes disposent sûrement d’une des plus belles vues au monde depuis la fenêtre d’un hôpital !

 

Comme dans beaucoup de pays d’Amérique latine, l’avortement est interdit en Argentine. Il est considéré comme une « crime contre la vie » selon le Code pénal. Il y a 2 exceptions dans cette loi: il peut être toléré s’il permet d’éviter un danger pour la vie ou la santé de la mère ou si la grossesse provient d’un viol sur une femme démente. Ainsi, on estime à 460 000 le nombre d’avortements clandestins pratiqués par an. Ce problème de société souligne le problème de contraception en Argentine. En effet, même si elle est légale et largement disponible (61%  des femmes argentines utilisent un moyen de contraception), tout n’est pas simple. Malgré de grandes avancées pour la place de la femme de la société, les docteurs et conjoints continuent d’exercer un contrôle sur la santé reproductive des femmes.

 

À bientôt 😉

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