Naître au Chili

Notre grand voyage nous a amené sur un nouveau continent : l’Amérique du Sud.

Le premier pays de ce continent que nous avons visité, et pas des moindres, est le Chili. En effet, il s’étend sur 4300 kms de long, du Nord au Sud (du Pérou au Cap Horn), pour 180 kms de large. Il se situe dans une zone fortement sismique et volcanique. Le Chili est composé d’une zone de plaines encadrée par deux chaînes de montagnes : la Cordillère des Andes à l’Est et la Cordillère de la Côte à l’Ouest. Cette géographie très particulière entraîne une grande diversité de climat que nous avons pu tester en traversant différentes zones du pays : l´Île de Pâques, le désert d’Atacama, la région centrale et la Patagonie chilienne.

 

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Le Chili compte environ 17 millions d’habitants dont 40 % est regroupé dans la capitale Santiago et sa périphérie. La population de ce pays a quintuplé au cours du XXème siècle. Son taux d’alphabétisation est de 99%. Plusieurs langues sont pratiquées : l’espagnol chilien, des langues amérindiennes et une langue polynésienne présente sur l’Île de Pâques. Parmi ces habitants, 1 million sont d’origine amérindienne et sont répartis entre les Aymaras de l’Altiplano, les Pascuans de l’Île de Pâques et les Mapuches de l’Araucanie (les plus nombreux).

L’essentiel de sa population est d’origine europénne, principalement espagnole, d’où une culture européenne très présente. Ceci s’explique par la colonisation hispanique : en effet c’est en 1520 que Magellan a été le premier explorateur européen à découvrir le territoire de l’actuel Chili. L’indépendance du Chili a été proclamée en 1818. Il a été confronté à une dictature militaire de 1973 à 1990, la dictature de Pinochet, une des plus connues au monde. Elle fera plusieurs dizaines de milliers de victimes torturées, tuées ou portées disparues.

Depuis 2010, le Chili est considéré comme le pays le moins corrompu et l’un des plus démocratiques d’Amérique latine. Il possède l’espèrance de vie la plus élevée d’Amérique latine qui est de 76 ans.  Le taux de fécondité est de 1.83 enfants par femme en 2012. La mortalité maternelle est de 25 pour 100 000 naissances. La mortalité infantile est de 7 pour 1000 naissances. 99,7% des accouchements ont lieu à l’hôpital.

Bien que le Chili soit une des nations les plus avancées d’Amérique latine, il existe encore une grande disparité en ce qui concerne la qualité des soins.

Le système de santé repose sur deux systèmes d’assurance : la FONASA (fond national de santé), système d’assurance publique et l’ISAPRES (institut de santé prévisionnel), système d’assurance privée. Tout le monde est inscrit au FONASA et les plus riches payent une cotisation en pourcentage de leur salaire. La population la plus aisée peut choisir de s’inscrire à l’ISAPRES. Les hôpitaux privés représentent une dépense très conséquente si le patient ne possède pas d’assurance privée. Les personnes affiliées FONASA se dirigeront presque essentiellement vers les établissements publics.

Nous avons donc décidé de visiter une maternité publique et une maternité privée à Santiago afin d’observer les 2 versants de prise en charge.

Préalablement à ces 2 visites, nous avons eu la chance de rencontrer Patricia, une sage-femme libérale chilienne (http://www.tumatrona.cl/) qui nous a renseigné sur le suivi de grossesse et les compétences des sages-femmes au Chili.

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Le suivi de grossesse classique se fait dans des consultorios (maisons médicales « publiques » où exerce une sage-femme) en fonction du lieu d’habitation ou chez un professionnel de santé en consultation privée (gynécologue ou sage-femme). La patiente est suivie par une sage-femme une fois par mois jusqu’à 28 SA puis tous les 15 jours entre 28 et 36 SA et toutes les semaines jusqu’au terme. Si une pathologie est décelée, elle est réorientée vers un gynécologue.

Deux échographies sont effectuées au minimum, à 14 et 28 SA.

Le congé maternité débute à 34 SA.

Tout comme les consultorios, dans le système public, le choix de l’hôpital est imposé en fonction du lieu d’habitation.

Nous avons visité la maternité publique « La Florida » de Santiago, un établissement qui a ouvert ses portes il y a moins d’un an.

Comme dans tout hôpital public au Chili, La Florida possède une salle de travail unique composée de plusieurs lits séparés par des rideaux. La péridurale est accessible sur demande. A dilatation complète, la patiente est transférée dans une salle d’intervention. Cette salle sert aussi bien pour un accouchement normal que pour une césarienne. La patiente est ensuite transférée dans une salle commune pour la surveillance post-partum pendant 1 à 2h.

Cet hôpital possède une unité pilote au Chili : « Room Integral Care Birth ». Elle est composée de 4 salles d’accouchement individuelles qui se veulent plus naturelles. La patiente reste dans cette salle pour le travail, l’accouchement et les 2h de surveillance post-partum. On y trouve une baignoire et un ballon ainsi qu’une musique relaxante. La patiente peut avoir accès à la péridurale si elle le souhaite et accoucher dans la position de son choix. La sage-femme en charge de cette patiente ne s’occupera que d’elle, une sage-femme pour une patiente! Le nouveau-né bénéficie d’un peau à peau assuré et d’une mise au sein précoce, ce qui n’est malheureusement pas le cas dans le système classique. Cette unité représente une avancée considérable au Chili et nous avons rencontré une équipe  formidable vraiment motivée à faire évoluer les choses!

 

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En respectant davantage la physiologie et la volonté des femmes, les statistiques parlent d’elles même : seulement 25% de césariennes dans cette unité contre 40% dans le système public classique. De plus, les chiffres concernant les lésions périnéales sont honorables : 10% d’épisiotomies et 20% de périnée intact. Le taux d’allaitement maternel est également meilleur. Nous espérons que ce genre d’unité se développe de plus en plus au Chili.

Nous avons également visité une maternité privée à Santiago. Cet établissement est digne d’un hôtel 4 étoiles et est réservé à une patientèle aisée. Le bloc obstétrical ne possède que des salles d’accouchement individuelles et notamment une salle nature. Dans le système privé, le taux de césarienne atteint 70%!!!

 

 

Quelque soit l’établissement, une personne accompagnatrice est la bienvenue en salle d’accouchement auprès de la patiente.

La patiente reste hospitalisée 2 à 3 jours en post-partum pour un accouchement normal et 1 jour de plus en cas de césarienne. Le nouveau-né reçoit une injection intramusculaire de vitamine K dans les 2 heures qui suivent la naissance. Il est vacciné systématiquement contre le BCG pendant le séjour. Il n’existe pas de suivi à domicile par une sage-femme libérale après l’accouchement. Une consultation pédiatrique est réalisée 10 jours et 1 mois après la naissance.

Le congé post-natal dure 12 semaines, et peut être rallongé de 12 autres semaines à partager avec le conjoint.

Au Chili, pour devenir sage-femme, 5 années d’études sont nécessaires.

Nous étions au Chili le 8 mars, journée pour la défense des Droits des Femmes et de nombreuses manifestations avaient lieu ce jour là. C’est ainsi que nous avons appris que l’interruption de grossesse est encore strictement interdit au Chili. Cependant un projet de loi est en cours pour autoriser l’interruption de grossesse dans 3 cas seulement : grossesse suite à un viol, pathologie foetale lourde, grossesse mettant en jeu la santé de la mère. L’IVG reste par contre encore tabou dans la société. De nombreux avortements sont encore réalisés de façon illégale et mettent en danger la santé et la vie des femmes.

La contraception est autorisée au Chili et son accès est facilité, même pour les très jeunes femmes. Le taux de grossesses adolescentes reste tout de même élevé et le nombre de mères adolescentes qui en découle de fait également.

Autre fait marquant que nous avons appris : le divorce n’est légal que depuis 2004!

Lors de notre séjour à l’Île de Pâques, nous avons voulu rencontrer la sage-femme de garde à la maternité afin d’en savoir plus sur les pratiques et les rituels inhérents à cette culture. Mais comme à notre habitude nous sommes arrivées au bon moment… elle était dans l’avion, en plein transfert pour Santiago avec une patiente attendant des triplés!

Nous tenons à remercier chaleureusement pour leur accueil et leur aide, Patricia, Gonzalo, Victor et tout le personnel hospitalier rencontré. C’est grâce à des personnes formidables comme elles que le choix des femmes est de plus en plus respecté et que l’on tend vers des accouchements plus humains.

Que nous réserve notre aventure « Tout Feu Tout Femme » en Bolivie?

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