Être aborigène

Les aborigènes sont les autochtones de l’Australie depuis au moins 40 000 ans. Ils sont, en effet, les premiers hommes à avoir occupé le sol de l’ Île Continent. Ils sont regroupés en différentes tribus semi-nomades. C’est la plus ancienne culture qui existe encore sur Terre. Le rêve est le thème central de leur culture et explique les origines de leur monde, de l’Australie et ses habitants. Selon la tradition, des créatures géantes sont sorties de la terre, de la mer et du ciel et ont créées la vie et les paysages australiens. Leurs corps ont engendré des fleuves et des chaînes de montagne. Leurs esprits sont restés dans la terre, la rendant sacrée.

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De cette culture très différente de la culture occidentale découle des rites autour de la naissance. Selon la tradition aborigène, la procréation ne suffit pas à elle seule à engendrer un enfant, il faut encore qu’un « esprit enfant » investisse le ventre de la future maman. Après la naissance, un rite consiste à purifier les poumons et la tête des nouveaux-nés par la fumée. C’est la grand-mère de l’enfant qui le fait passer au-dessus d’un feu composé de marrons d’Inde. Une autre tradition chez les Tiwi du Nord de l’Australie est d’enduire de charbon de bois les nouveaux-nés afin de transformer leurs corps car il est coutume de ne pas conserver l’état et l’aspect à la naissance.

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On compte environ 670000 aborigènes en Australie, d’après les chiffres de 2011. Pour comprendre la situation actuelle des aborigènes, il faut faire un bond dans l’histoire. A la fin du XVIII ème siècle, les Colons occidentaux ont débarqué en Australie et se sont appropriés les terres, considérées comme « terra nullius ». La population aborigène a été alors mise à mal. Moins d’un siècle après la première invasion de l’Australie, la population aborigène estimée alors à près d’un million a chuté à 60000. Du XIX ème siècle au début des années 1970, 100 000 enfants aborigènes ont été arrachés à leur famille pour être éduqués « à l’européenne ».

Ce n’est qu’en 1992, avec le discours de Redfern que le gouvernement reconnaît les nombreux torts faits aux aborigènes dans le passé. En 2008, le gouvernement s’excuse devant le parlement, au nom du peuple australien, pour les crimes commis dans le passé envers les aborigènes. La nette amélioration de leur statut depuis, n’a cependant éliminé ni leurs conditions de vie alarmantes ni le racisme de certains blancs australiens. Leur situation est toujours précaire avec un taux élevé d’alcoolisme, de toxicomanie, de violence, de suicide et de chômage. L’espérance de vie des australiens blancs dépasse de 17 ans celle des autochtones. La mortalité maternelle chez les femmes aborigènes est cinq fois plus élevée que chez les femmes non aborigènes.

Afin de diminuer ces chiffres alarmants, le gouvernement a pris certaines mesures pour améliorer la situation de ce peuple.

Dans notre domaine, nous avons remarqué qu’il existe des unités de sages-femmes spécialisées dans la prise en charge des femmes aborigènes (Malabar Midwives). Ce service a pour but d’améliorer la santé de la mère et de l’enfant en apportant des soins appropriés à leur culture. L’équipe est pluridisciplinaire allant de la sage-femme au travailleur social. Les sages-femmes travaillent en rapport étroit avec le « Aboriginal Health Education Officer ». Leur travail de prévention est essentiel. Environ 240000 australiennes seraient victimes chaque année de violence. Parmi elles, les femmes aborigènes sont particulièrement vulnérables. Elles ont 34 fois plus de risques d’être hospitalisées pour violences domestiques et 11 fois plus de risques d’être tuées. Durant notre voyage, nous avons été en contact avec l’association FVPLS ( » Aboriginal Family Violence Prevention and Legal Service). Il s’agit d’une association située dans l’état du Victoria qui vient en aide aux femmes aborigènes de la communauté Koori grâce à une journée de prévention appelée « Sisters Day Out ».

Félicitations à elles pour leur travail, rendez-vous avec Tout Feu Tout Femme dans le prochain article. Pour conclure, une phrase que nous avons repéré lors de notre visite au Melbourne Museum : « Racism, for me, has always meant being a second class citizen in my own country. » Joyce Abraham

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Naître en Australie

L’Australie, l’un des pays les plus éloignés de la France, est le rêve de beaucoup de personnes. Nous avons eu la chance d’en découvrir une partie. Cette « île continent » a une superficie 14 fois plus grande que la France et compte 6 États et Territoires. Nous en avons traversé 2 : le Victoria et le New South Wales.

Les premiers habitants d’Australie étaient les aborigènes, arrivés il y a au moins 40 000 ans. Le débarquement des Colons, au XVIII siècle, a malheureusement entraîné une mise à l’écart de cette population dans la société. De nos jours, ils sont encore présents sur le territoire mais en nombre minoritaire. La population australienne a plus que doublé depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale et, depuis 2016 le pays vient de dépasser les 24 millions d’habitants.

L’espérance de vie est de 82 ans. L’indice de fécondité est de 1,77 enfants par femme. La mortalité infantile est de 3,8 pour 1000 naissances. Le taux de mortalité maternelle est de 6 pour 100 000 naissances.

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En Australie, le suivi de grossesse est relativement proche de celui de la France. La femme enceinte consulte un professionnel de santé tous les mois mais le suivi est plus rapproché en fin de grossesse (10 consultations au total). Il n’y a pas de toucher vaginal pendant la grossesse. Le dépistage de la toxoplasmose n’est pas mensuel et ne se fait qu’en cas de risque de séroconversion. La recherche de Streptocoque B  est également pratiquée en Australie à 37 SA. Le terme est fixé à 40 SA et étonnamment il n’y a pas plus de déclenchements pour terme dépassé.

La patiente a le choix d’être suivie par un gynécologue, une sage-femme, ou un « general practioner » (médecin généraliste australien).

La préparation à la naissance est plus personnalisée (les séances individuelles sont plus répandues).  Le choix des modalités d’accouchement est très respecté en Australie. La femme peut décider d’un accouchement médicalisé à l’hôpital, ou plus naturel en Maison de naissances (Birthing Centre) ou encore à domicile (homebirth), accompagnée d’une sage-femme libérale en accord avec ces pratiques. Les soins en hôpitaux privés sont très honéreux (5000 à 8000 dollars australiens).

Lors de notre séjour, nous avons visité le Royal Hospital for Women à Sydney.

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Il s’agit d’un hôpital public de niveau 3 où naissent environ 4200 bébés chaque année. Le taux de césarienne est de 34% (césarienne quasi systématique pour les utérus cicatriciels). L’atmosphère y est incroyablement calme. Nous avons découvert le côté hôpital et le côté maison de naissances de l’établissement. Le matériel est semblable au matériel utilisé en France. Pendant le travail, le monitoring n’est continu seulement qu’en cas d’anesthésie péridurale. Les patientes ne sont pas examinées toutes les heures, mais uniquement en cas de besoin. Il y a une salle de bains par salle d’accouchements. Côté maison de naissances, une pièce chaleureuse pourvue d’un lit 2 places et d’une décoration cosy. Il y a possibilité pour les patientes qui le souhaitent d’accoucher dans l’eau.

 

Les grandes différences avec la France sont : le taux de péridurale de 50% (pas de bilan sanguin nécessaire), pas de pose de voie veineuse d’abord systématique (délivrance dirigée faite en IM), aspiration oro-pharyngée du nouveau-né au besoin, pas de désinfection occulaire. Certains soins restent au choix des parents : l’administration de vitamine K en prévention des hémorragies néonatales ou la vaccination du nouveau-né contre l’hépatite B à la naissance par exemple.

Plusieurs options possibles pour les suites de couches : retour à domicile 4h après un accouchement physiologique avec la visite quotidienne d’une sage-femme hospitalière ou séjour de une nuit ou séjour de 3 jours, en fonction des besoins médicaux et personnels de chaque patiente. En cas de césarienne la durée d’hospitalisation est de 4 jours. Pendant le séjour de suites de couches, des « group class » (réunions d’information) sont organisées, concernant l’allaitement, la puériculture et le retour à la maison. Le choix de l’allaitement maternel est quasi unanime (pour 98% des patientes). De nombreuses associations pour l’allaitement maternel sont très actives. Et après 3 mois, 60% des femmes allaitent encore.

 

Nous avons également eu le privilège de rencontrer Jane Palmer, sage-femme libérale et conseillère en lactation, exerçant à Sydney, avec qui nous avons eu une discussion passionnante sur le métier de sage-femme en Australie. Elle effectue un suivi global comprenant les accouchements à domicile. Cela est possible grâce à une collaboration étroite avec les hôpitaux les plus proches. Plus de 95% de ses patientes accouchent de façon physiologique et 100% allaitent. Si vous voulez en savoir plus, voici son site :  www.pregnancy.com.au 

De moins en moins de sages-femmes pratiquent l’accouchement à domicile du fait de problèmes d’assurances. Cela entraîne un essor d’accouchements non assistés (« free birthing ») seulement accompagnés de doulas. Nous ne soutenons bien évidemment pas ceci étant conscientes des risques inhérents à un accouchement.

Deux possibilités existent pour devenir sage-femme en Australie : 4 années d’études ou 18 mois d’études supplémentaires après le diplôme d’infirmière.

Lors de notre visite au Royal Hospital for Women, nous avons remarqué l’existence d’une unité nommée « Malabar Midwives », spécialisée dans le suivi des femmes aborigènes… Nous avons voulu en savoir plus sur ce peuple… Alors rendez-vous dans un prochain article  😉

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Merci à Anne Lainchbury et Jane Palmer pour leur accueil chaleureux.